Il en faut pas se fier aux apparences

Ne pas se fier aux apparences peut aussi se traduire par l’expression : « tout ce qui brille n’est pas or ». Ce proverbe du XVIIe s, traduit du latin médiéval (qui viendrait du Roman de Renard), pourrait s’appliquer à deux toponymes de nos communes :

Le Bois Doré
Le Bois Doré - Cour-Cheverny
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Le Bois Doré, commune de Cour-Cheverny (sur la voie de La Grilletterie, au sud du lieudit Les Murblins) était à l’origine le bois du sieur Doré. Le bois a ensuite été défriché pour lais­ser la place à des champs et à une exploitation agricole. Cette forme de juxtaposition du com­plément de nom et du nom (sans la préposition de) est apparue au Moyen-âge. Le patronyme Doré (variante Dauré) est peut-être dérivé d’or, nom de personne dès le XIVe s.
Mais Doré et Dorée sont aussi des variantes de Doret, hypocoristique (1) de Théodore, nom de personne d’origine grecque, avec aphérèse (2). (Dans l’Indre, il existe un toponyme dénommé Le Bois Doret).


La Porte Dorée
La Porte Dorée - Cheverny
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Commune de Cheverny (entre Le Breuil et La rue Colin) est mentionnée Porte Doré au XVIIIe s. (Carte de Cassini) et ce n’est que sur le ca­dastre Napoléon de 1813 que ce toponyme devient La Porte Dorée. Cette dénomination primitive, sans que le nom de l’endroit soit précédé de l’article le, nous donne l’indication qu’il a été formé à une période où l’ancien fran­çais ne s’était pas encore totalement dégagé de l’influence du latin (langue dans laquelle l’usage de l’article est inconnu). On peut donc en déduire qu’il daterait du haut Moyen-âge, au plus tard du Xe s. environ.

Le Soleil ne brille pas non plus pour tous les Louis (par référence à Louis XIV).

Le Luizard - Cheverny
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Le Luizard, commune de Cheverny (près des Ruaux, sur la route de Fougères).
Le Luisard en 1813 (cadastre), probablement le nom du premier propriétaire des lieux, vient de Louis, nom de personne d’origine germa­nique et suffixe français péjoratif « ard ». Louis est dérivé du prénom germanique Hlodowig, synonyme de « gloire » et de « combat ». Chez les Mérovingiens, la forme équivalente était Chlodowic, qui a donné Clovis, mais aussi Luis, Ludwig, Ludovic...
L’utilisation du suf­fixe substantivant « ard » qui sert à pré­ciser l’état de la per­sonne désignée et qui est un suffixe péjoratif (en ancien français) peut donner en l’espèce une note populaire à l’opposé du prestige de Louis, considéré comme un prénom royal.

Le Héron - La Grenouille n° 35 - Avril 2017

(1)Hypocoristique : terme qui exprime une intention cares­sante, affectueuse, notamment dans le langage des en­fants ou ses imitations ; l’abrègement des prénoms (Mado, Alec) est parmi l’un des procédés employés.
(2)Aphérèse : retranchement d’une syllabe ou d’une lettre au commencement d’un mot.
Sources :
- Denis Jeanson : toponymie Région Centre
- Trésor de la langue Française informatisé (TLFi)
- Dictionnaire Godefroy – Ancien français
- Jean-Louis Beaucarnot : les noms de familles et leurs secrets.

Rue Colin, La Soulardière, Vilavrain

Toponymie : quelques endroits où l’on cultivait le tabac à Cheverny

La Rue Colin
Ce lieudit est situé juste derrière le parc du château de Troussay.
La Rue Colin, au début du XXe siècle
Rue est un nom féminin apparu au tout début du XIe s. Ce nom vient du latin classique ruga = ride, bas latin ruga = sillon, sentier, chemin rural, puis voie bordée de maisons ou de murs. Au XIVe s., la rue est associée à un nom commun expressif, puis, ensuite, à un nom propre commé­moratif. (XVIIIe s.). La suppression de l’article « la » devant rue indique le passage du lieudit à une voie de circulation. La Rue Colin est donc bien un lieudit. Attention à la confusion avec la voie de la rue Colin, car le lieudit La Rue Colin est situé sur la voie de la Soulardière qui traverse le hameau en direction de La Soulardière.

Le nom de personne Colin qui est accolé (vraisemblablement le nom de la famille habitant la rue) est l’un des nombreux hypocoristiques (1) formés à partir du nom de baptême Nicolas (Beaucarnot, lui, parle d’une aphérèse (2) de ce même nom).
(1)Hypocoristique : terme qui exprime une intention cares­sante, affectueuse, notamment dans le langage des enfants ou ses imitations ; l’abrègement des prénoms (Mado, Alec) est parmi l’un des procédés employés.
(2)Aphérèse : retranchement d’une syllabe ou d’une lettre au commencement d’un mot.

La Soulardière
Situé près de La Rue Colin, et à l’extrémité de la voie de La Soulardière, le nom de ce hameau doit son origine au nom de son fondateur ou pre­mier propriétaire qui se nommait Soulard. Ce nom vient de l’ancien fran­çais soul = saoul, (rassasié) suivi du suffixe péjoratif ard. Soulard devint un nom de personne dès le XIVe s. et se voit ici rajouter le suffixe iére qui signifie propriété de... Notons que Soul (ou Säul) n’a pas encore, au Moyen-âge, le sens de ivrogne. Il désigne cependant une personne qui a mangé jusqu’à satiété, excessivement (et sans doute ayant aussi bien bu !). Soul vient du latin satullus = rassasié, diminutif de saturus (TLFi).
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Villavrain
Villavrain est composé du nom féminin Ville, du latin villa = domaine rural ; latin médiéval vers 980 (Du Cange, Glossaire) et d’Avrain. Sur la carte de Cassini (XVIIIe s.) et le cadastre de 1813, ce lieudit est mentionné comme Villavrin. Ce n’est que sur le cadastre de 1949 que le nom est orthographié Villavrain. Avrin est bien, en fait, le véritable nom d’origine germanique Eberwin composé de Eber = sanglier et de Win = ami.
Jean-Marie Cassagne, précise dans son ouvrage (ci-après cité), qu’il s’agirait du village qui se serait développé près de l’ancienne Villa Evrini ou domaine d’Evrinus (latinisation du nom germanique Evrin). Sa création daterait de l’époque gallo-romaine.
Le Héron
Sources :
- Denis Jeanson : Toponymie Région Centre
- Trésor de la Langue Française informatisé (TLFi)
- Dictionnaire Godefroy – Ancien français
- Jean-Louis Beaucarnot : Les noms de familles et leurs secrets.
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Le Héron - La Grenouille n°34 - Janvier 2017

Les Toponymes

Ayant acheté une carte postale ancienne représentant une ferme solognote, mon amie la Grenouille découvrit en lisant le texte figu­rant au verso qu’il s’agissait de la ferme de la Charrière à Cour- Cheverny (elle est située près du Gué la Guette sur la route de Cour-Cheverny à Fontaines-en-Sologne). Intriguée par le nom, mon amie me demanda alors s’il y avait un rapport avec les char­rettes. Ma réponse fut affirmative. Vous trouverez dans cet article quelques autres exemples de noms de lieux dont on peut deviner l’origine.

La Charrière, commune de Cour-Cheverny :
 Deux origines possibles :
La ferme de la Charrière en 1905
1) Nom féminin, XIIe s. Variante : Charière. Latin populaire via carriara, dérivé de carrus = char. Passage, chemin qu’emprunte la charrette ou la charrue (Denis Jeanson).
Pour le dictionnaire du Moyen Français (DMF) : « voie prévue pour le passage d’un chariot, d’une charrette (principalement dans les champs et les bois) » − Par analogie « Chemin à l’extrémité d’une terre, à la lisière d’un bois. »
Synonyme : Chaintre, dont le DMF donne comme définition : « espace nécessaire pour tourner la charrue, à chaque extrémité d’un champ labouré ».
Antonyme : Estrée « route, grand chemin ».
2) Charrier, nom de personne dès le XIVe s (Denis Jeanson).

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La Rousselière (variante : Roussellière), comnune de Cheverny (La Rousseillière au XVIIIe s. carte de Cassini) vient de Rousseau, nom de personne d’origine française. Il existe une profusion de noms se rappor­tant aux cheveux. Ce fut au Moyen-âge un moyen de désignation des habitants des villages. En l’espèce, il s’agit d’un homme aux cheveux roux.

La Levraudière, commune de Cheverny, s’écrit La Levreaudière au XVIIIe s. (carte de Cassini) et encore en 1813 (cadastre).

Levrault, est un nom de personne d’origine française. C’est le nom du premier propriétaire de l’endroit. L’origine du nom est assez facile à trouver : 1306 levroz « jeune lièvre »; puis levraut (dictionnaire Godefroy (complément). Dérivé de lièvre, suffixe ot, puis aut (aud).


Les Bombardières, commune de Cheverny, après Poêly : le premier habitant s’appelait Bombard, nom de personne d’origine française dès le XIVe s. L’origine est incertaine :
1) Dérivé masculin de bombarde = instrument à vent.
2) Puis, en 1363, machine de guerre servant à lancer des pierres. Vient du latin classique bombus « bruit retentissant » ; suffixe arde à rappro­cher au sens du latin médiéval bombarda, sorte de flûte, XIIe s. et au sens italien bombarda « machine de guerre ».


Le nom peut donc être le surnom donné à un artilleur (qui manipule les premiers canons) ou celui donné au joueur d’instrument de musique.
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La Briquière, commune de Cour-Cheverny : nom féminin brique et suf­fixe ière à valeur collective. Lieu où l’on fait des briques. Ou briquier = homme qui fait ou vend de la brique. Nom de personne d’origine fran­çaise emprunté au mot néerlandais bricke, brike « brique », à rattacher au verbe breken (casser). Cet étymon est confirmé par l’importance des briqueteries des Pays-Bas. Trésor de la langue française informatisé (TLFi).

L’Ardoise est située sur la commune de Cour-Cheverny (s’écrit Lar­doise sur le cadastre de 1813) .
Ardoise, nom féminin après 1260, vient du bas latin ardesia appartenant en propre au nord de la France et peut-être dérivé d’un préfixe gaulois ard(u)-« haut, élevé » que l’on trouve dans Ardu-enna « Ardennes », région où sont exploitées des carrières d’ardoise. En 1345, plaque de pierre schisteuse façonnée servant à couvrir les maisons (au sud pré­vaut un type lausa, lauze ou lause, ou encore lave, pierre utilisée pour la couverture des toitures). À la fin du XVe s., par métonymie, le nom devient synonyme de maison d’ardoises, maison couverte en ardoises. Les maisons couvertes en ardoises furent rares aux XIe-XIIe s. En ré­gion Centre-Val de Loire, une maison couverte en ardoises devenait un signe extérieur de richesse.
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La Pauvertrie, comnune de Cheverny, s’écrit La Pauvrettière (carte de Cassini) et La Pauverterie en 1813 (cadastre).

Pauvert, nom masculin, apparaît dès 1050 et devient un nom de per­sonne dès le XIVe s. Il vient du latin paupertatem = pauvreté, formé sur pauper = qui produit peu en parlant des animaux et de la terre. Ancien français povert = pauvreté, pauvre. Le toponyme désigne une terre pauvre et le nom de personne un surnom donné à une personne dans l’indigence.

La Quenouillère (Cour-Cheverny), vous l’avez deviné, vient de Que­nouille, nom de personne d’origine française, apparu au XIVe s. et nom du premier propriétaire. Quenouille, nom féminin vers 1179, est issu du latin médiéval conucula, élargissement populaire du latin classique colus = bâton dont une extrémité est garnie de laine à filer. La Que­nouillère est située à Cour-Cheverny près du château des Aulnières, limitrophe avec Cellettes.

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Sources :
- Denis Jeanson : toponymie région Centre Val de Loire
- Trésor de la langue française informatisé (TLFi)
- Dictionnaire Godefroy - ancien français (complément)

Le Héron - La Grenouille n°33 - Octobre 2016

"Gallerie" à Cour-Cheverny

Les fidèles lecteurs de La Grenouille deviennent aussi des colla­borateurs du journal. Voici un extrait du courrier reçu de Jacques Lièvre qui habite « Gallerie » à Cour-Cheverny :

Les Recherches

« Habitant à Gallerie depuis plus de trente ans, je me suis intéressé à l’histoire de ce lieu. L’oeil du passant est particulièrement attiré par la tour ancienne se trouvant sur la propriété voisine de notre maison.

Voici les quelques découvertes que j’ai faites en consultant des actes notariés anciens :
Le hameau constituait un enclos, une closerie, comme il en existait beaucoup sur Cour-Cheverny et Cheverny, et notre maison, qui fut autrefois le logement du closier, comportait au début du XIXe siècle (acte notarié de 1824) deux petites tourelles couvertes en ardoises, l’une « formant cabinet », l’autre « dans laquelle est un cénacle »

Ces deux tourelles figurent sur le plan cadastral napoléonien. Que dési­gnait-on par « cénacle » à Cour-Cheverny ? Serait-ce un lieu où l’on conservait du vin, où un lieu où l’on se réunissait ? Mais cette tourelle était exigüe. Cette appellation vient-elle de « cercle » (synonyme) ?

La tour est un ancien pigeonnier ou colombier ; elle semble avoir été couverte d’un toit à une seule pente et non d’un toit en poi­vrière : on aperçoit toujours le larmier.
Plan cadastral napoléonien

Un acte notarié de 1874 précise qu’à Gallerie se trou­vaient « un bâti­ment… appelé la chapelle, servant de grange, un ter­rain… appelé le cimetière » : ceux-ci étaient situés à proximité de la haute maison, derrière la maison du closier. En ce qui concerne l’exis­tence d’une chapelle et d’un cimetière, il était assez fréquent que le sei­gneur féodal possède dans l’enceinte de son fief une chapelle se reliant au logis par une galerie, un porche, un passage (cf dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle par Viollet le Duc).
En regardant de la route de Gallerie cette haute maison, on peut consta­ter que celle-ci est très ancienne car elle correspond assez bien à un corps de logis du Moyen-âge bâti sur un parallélogramme, des pignons étant élevés sur les deux petits côtés opposés, selon le dictionnaire de Viollet le Duc sus-cité. Le mur pignon côté ouest a conservé une caractéristique ancienne avec son arête en pierres débordant sur le toit.

Au cours de mes recherches j’ai eu l’occasion de contacter un historien et Philippe Grumeau-Thénot qui mène des recherches sur Bracieux et ses environs. Selon eux, Gallerie constituait au Moyen-âge un fief relevant directement du Comté de Blois puis du Domaine royal. L’on trouve trace d’une Ysabeau de Galeri qui fait aveu au comte de Blois en juillet 1315 de la châtellenie de Bracieux. Un certain Joffroi de Galeri, seigneur de Bracieux en 1315, fait aveu de la haute et basse justice de la ville de Bracieux. En 1323 ou 1328, les seigneurs de Galeri ont vendu la terre de Bracieux au comte de Blois. En 1343, l’on trouve trace d’aveu par Jehanne de Gallery puis, dix ans plus tard, c’est Ysabeau de Gallery, veuve de Jehan Regnard, qui fait aveu au comte de Blois.

Maison seigneuriale
En 1354 et 1386, Ysabeau la Renarde (ou la Regnarde), dame de Gallery, est donnée comme vassale du seigneur de Conon pour « l’habergement de Gallery comme il se poursuit : colombier, bois, verger, ouches etc… ». Le colombier existait donc à cette époque.
Au XVe siècle, la famille de Fontenille est propriétaire. En 1574, Gilles de la Chesnaye est propriétaire et, en 1593, celui-ci écuyer, signe le bail d’une closerie dépendant du lieu seigneurial de Gallery. Il est chevalier de l’Ordre du Roi, seigneur des Pins en Sologne, époux de Madeleine Granger. Gallerie a été la propriété de Louis Pelluys, sieur de Gallery, commissaire extraordinaire des guerres ayant épousé Marguerite Chartier qui décède le 24 décembre 1715. Gallerie devint ensuite la propriété de Françoise Pelluys épouse de Louis Texier.

L'ancien pigeonnier
Selon des actes notariés, la closerie de Gallerie fut vendue par Louis Texier, sieur de Gallery, au XVIIIe siècle à Joseph Leconte de Roujou, puis dévolue ensuite par héritage à Louis Lauverjat de Gallery qui la vendit à son tour, en la morcelant, au cours de la première moitié du XIXe siècle.

Jacques Lièvre


L’origine du nom

Concernant l’origine du toponyme « Galerie » (ou gallerie), la première qui vient à l’esprit est celle d’un nom français du XIVe s. d’origine italienne galleria = porche d’église, qui prend à la fin du XVIe s. la signi­fication de lieu de passage ménagé à l’intérieur ou à l’extérieur d’un édifice ou d’une salle. Cette origine ne correspond cependant pas au lieu. Une seconde origine possible (selon Denis Jeanson) : ancienne métairie ou gaignerie (gagnerie) dont Galerie (ou gallerie) serait une variante. Cette origine pourrait correspondre aux recherches effectuées par Jacques Lièvre concernant la description des lieux, leur usage et leur histoire. Gagnerie est un nom féminin du XIIe s. qui vient de l’ancien français gagner = cultiver. À l’origine, il s’agissait d’une exploitation agricole faisant partie de la réserve du propriétaire dans l’organisa­tion de la terre seigneuriale. La gagnerie féodale devint souvent une exploitation agricole indépendante dès le XIIIe s. Il existe une troisième possibilité qui est celle du nom du fondateur ou premier propriétaire des lieux (époque Gallo-romaine et gauloise) avec le suffixe « acum » qui donnera la terminaison « y » ou « ay » suivant les régions. Dans le cas d’espèce : Galérius, Galerii, Galeriacum, Gallery (orthographe du nom tel qu’il figure sur la carte de Cassini (XVIIIe s.).

Sources : Denis Jeanson, Philippe Grumeau-Thenot (sus-cité par Jacques Lièvre), le dic­tionnaire «Trésors de la langue française » (TLF) et le dictionnaire de l’ancien français Godefroy.

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Le Héron - La Grenouille n°32 - Juillet 2016

Le moulin de Cour-Cheverny

Les ailes du moulin de Cour-Cheverny ont tourné pour la dernière fois en 1855.


Huile de R. Huet
André Aubineau a acheté le terrain et le moulin entre 1926 et 1928. C’est fin 1930 et début 1931 que le moulin a été démoli. André Aubineau s’est servi d’une partie des pierres récupérées pour construire une écurie à Beauséjour, près du château d’eau. (1)
Aucun vestige du moulin ne subsiste aujoud’huiSeules des parties métalliques et la grande tige de bois qui faisait orienter les ailes sont stockées dans une grange.


L’exercice de la profession de meunier était soumis à une patente.
La Grenouille a retrouvé l’une d’elle concernant l’année 1829, autorisant le meunier Houry à exercer sa profession à Cour-Cheverny.

Patente du meunier
de Cour-Cheverny en 1829
Les lois
« Nul ne peut faire ni demande ni acte judiciaire ou extra-judiciaire, relatifs à son commerce ou à sa profession, sans qu’il y soit fait mention de la prise de sa patente, avec désignation de la classe, de la date, du numéro, et de la commune où elle aura été délivrée : le tout sous peine d’une amende de 50 francs, tant contre lui que contre les fonctionnaires publics qui auraient fait ou reçu lesdits actes. (2)
Tout individu qui expose des marchandises en vente est tenu de représen­ter sa patente à la réquisition des maires ou adjoints, juges de paix et com­missaires de police, sous peine de voir confisquer les marchandises.(3)
Reçu attestant de la démolition du moulin
par l'entreprise Aufrère, de Cheverny
Les patentes sont sur papier timbré, aux frais de ceux à qui elles sont délivrées. Il ne peut être perçu aucun autre droit que celui du timbre, qui est de 1 fr. 25 c. Ce droit est payé en entier avec le premier douzième du montant des droits (4) ».

(1) Source : Françoise
Hubert, petite fille d’André Aubineau.
(2) Lois du 1er brumaire an 7, art. 37, et du 16 juin 1824, art. 10
(3) Loi du 1er brumaire an 7, art. 38.
(4) Loi du 1er brumaire an 7, art. 21.
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La Grenouille - La Grenouille n°32 - Juillet 2016

Les Toponymes et le train

Vous connaissez maintenant le parcours de la voie ferrée sur la commune de Cour-Cheverny (voir article de La Grenouille 29 - Octobre 2015) : voici quelques lieudits se trouvant sur le parcours du train et que La Grenouille n’avait pas encore étudiés.

Commune de Cour-Cheverny : au nord, La Bervinière, L’Épinglerie, La Trésorerie ; au centre, Chantreuil ; au sud, La Chaumette, Les Vernaisons, La Roche.
Mur de soutènement du pont de chemin de fer
qui enjambait le chemin de la Bervinière
  • La Bervinière : Sur la carte de Cassini (XVIIIe s.) il est mentionné La Brévinière. Ce toponyme, issu de Bervin, est en effet une variante de Brévin, du latin Brevinius (nom de personne d’origine germanique).
  • L’Epinglerie (haute et basse) : nom féminin cité dès 1263 - Épingle et suf­fixe collectif erie signifiant fabrique d’épingles.
  • La Trésorerie : nom féminin qui apparaît seulement au XIIIe s. Dérivé de Trésor et de Trésorier. Trésor apparaît, lui, vers 1050 et vient du latin Thesaurus, grec qhsauros = dépôt où l’on enferme les provisions et les objets pré­cieux. Vers 1334, lieu où se conserve les objets précieux d’une église, d’une seigneurie, les archives, titres de propriété, de rente ou de cens... La Trésorerie (synonyme la Trésorière) est le lieu où se garde le trésor puis devient la résidence ou propriété du trésorier (1). Mais ce peut être aussi, tout simplement, la propriété d’un homme appelé Trésor.
  • Chantreuil : Chantre et oeil du gaulois ialos qui signifiait Champ, clairière.
  • La Chaumette Variante : Calmette. Chaumet vient de chaume (et diminutif ette). Le féminin peut signifier terre. Chaumet est un nom de personne d’origine française.
  • Les Vernaisons : Dérivé de Vernais, nom masculin apparu vers 1250, lui même dérivé de verne, dénomination gauloise de l’aune. En groupe, il donne les vernaies ou vernais. Il s’agit donc, à l’origine, d’une Aulnaie, terrain planté d’aulnes.
  • La Roche : nom féminin apparu vers 980 (nom de personne dès le XIIIe s.), issu du latin rupes puis du bas latin rocca (d’origine pré-celtique = rocher). Roche peut prendre le sens de cave (habitation troglodyte). Employé comme nom de lieu il peut signifier un escarpement (sans bâti), mais une confusion est possible avec rauche = jonc.
(1) Dans l’église, le trésorier est une dignité (personne) qui a sous ses ordres un ou plusieurs officiers.

Le Héron - La Grenouille n° 29 - Octobre 2015

Quand "Le Grand Train" s'arrêtait à Cour-Cheverny

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Il fut un temps où le train était un important moyen de commu­nication et de transport en Loir-et-Cher. Entre le milieu et la fin du 19e s. des lignes de chemin de fer et de tramways furent construites pour relier Blois aux différents chefs-lieux de can­ton. Le tronçon qui nous intéresse faisait partie de la liaison Nord-Sud : de Pont-de-Braye à Blois par Vendôme (exploité par le réseau d’État), et de Blois à Villefranche-sur-Cher par Romorantin (exploité par la Cie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO)).

Pourquoi le « Grand Train » ?
Tout simplement parce que les trains circulaient sur une voie dont l’écar­tement de 1,45 m était le même que celui du réseau national, permettant ainsi le raccordement direct à ce réseau, à Vendôme, Blois et Romorantin. Toutes les autres lignes intra-départementales étaient des lignes de tram­ways exploitées par la Cie des Tramways de Loir-et-Cher. Les tramways (à vapeur et électriques pour certaines lignes) circulaient, eux, sur une voie dite « métrique » (écartement = 1 m) dont le coût de construction était moins élevé.


La ligne Blois/Villefranche-sur-Cher fut réalisée en trois tronçons. Le pre­mier reliant Villefranche à Romorantin fut ouvert à la circulation à partir de 1872 et le tronçon Romorantin/Vineuil /Saint-Claude-de-Diray, qui nous inté­resse, le 13 octobre 1883. C’est après la construction du pont sur la Loire que fut ouverte, le 31 octobre 1884, la section Vineuil/Blois.

La gare de Cour-Cheverny


Venant du Nord, la voie franchissait le Beuvron (le pont existe toujours) et pénétrait sur le territoire de la commune de Cour-Cheverny en enjambant la route de Clénord à Tour-en-Sologne et le chemin de la Bervinière (en face des Huards). Poursuivant sa route par l’Épinglerie et la Trésorerie, il péné¬trait dans le bourg par La Touche et empruntait l’actuelle rue des Anciens Combattant d’Afrique du Nord où se trouve encore l’ancienne gare. S’écar¬tant de la route de Romorantin au niveau du carrefour avec l’ancienne route de Romorantin (à la hauteur de la maison médicale), la voie ferrée quittait la commune à hauteur du lieudit La Roche en croisant le chemin des Boeufs. Le train poursuivait sa route vers le sud en direction de la gare de Fontaine et Soings-en-Sologne située à la Gaucherie.

Le tracé de la voie ferrée sur nos communes
Le parcours du train sur le territoire de Cheverny et Cour-Cheverny peut être observé sur le plan cadas¬tral où figurent les parcelles (étroites et allongées) représentant l’ancienne emprise de la voie ferrée : reliées les unes aux autres, elles forment un long « tuyau » presque ininterrompu. De même, on peut encore, à certains endroits, voir les maisons des gardes barrières voie de Chantreuil (1) ou 
chemin des Bons-coeurs (PN n° 204, la  plaque signalétique est toujours présente). 

Le dernier train
Concurrencés par la route et d’un coût devenu trop élevé, les tramways furent supprimés entre 1934 et 1935.
Sur notre ligne, le transport des  voyageurs cessa en 1938, fut rétabli  en 1939 puis cessa à nouveau définitivement après la défaite de juin 1940, seul  subsistant le trafic  des marchandises jusqu’au bombardement,  le 11 juin 1944, du pont sur la Loire  qui entraîna l’arrêt total de l’exploitation.
Les rails furent déposés en 1950.

(1) Lire aussi le témoignage d’Alice Leroux, garde-barrière, 
et les "Toponymes et le train"

Les Boute-en-train
Le Héron - La Grenouille n° 29 - Octobre 2015


Ancienne maison de garde barrière

Balade à Cheverny

L’association Oxygène et votre journal La Grenouille ont participé à l’élaboration du « carnet de Balades » à Cheverny, réalisé par « l’Association de la Protection des sites de Cheverny, Cour-Cheverny et Cellettes » (voir dans ce numéro). Il s’agissait d’agrémenter cette balade en renseignant les promeneurs sur l’origine de certains toponymes rencontrés. En voici deux (pour Cheverny) qui n’avaient pas encore été publiés. Le troisième toponyme analysé se situe à Cour-Cheverny.

Le Portail (Cheverny)

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Ce lieudit se situe juste après la Croix de l’Ormeau, sur la gauche, en direction de Fougères-sur-Bièvre. Le portail est le nom donné, au Moyen-âge, à la porte fortifiée du domaine, c’est aussi le nom donné à la métairie noble du domaine seigneurial. En ancien français : portal, grand panneau de bois qui sert de porte, puis partie de la maison prise pour le tout.
Le Portail de Cheverny, qui est actuellement un domaine viticole, a conservé une partie du mur d’enceinte et une tour (défensifs ? Il existe des créneaux). La tour est aménagée en colombier au premier étage (elle comporte une centaine de boulins) qui atteste du caractère noble du domaine à l’origine :
« Cette famille habitait une métairie, qui n’attestait sa noblesse que par un colombier » (Chateaubriand, Mémoires, t.1). Il se dit aussi que cette propriété serait un ancien monastère.

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La Cheminée Ronde (Cheverny)

Située à l’angle de la rue Colin, en direction du Château de Troussay, le lieudit doit son appellation à une construction typique de Sologne (traditionnellement en brique et colombages), qui comporte sur l’un de ses pignons une cheminée ronde. Ces sortes de cheminées, à la souche carrée et massive à la base, généralement terminée comme une pyramide tronquée, sont surmontées de conduits de fumée de forme ronde et sont appelées, en Sologne, les « fourneaux ronds ». Bernard Edeine (La Sologne. Thèse de doctorat es lettres, 1960. AD Loir-et-Cher) pensait que cette disposition permettait l’éclairage de la pièce unique alors dépourvue de fenêtre. Ce type de cheminée ronde serait à considérer comme l’aboutissement final de l’orifice central des huttes de nos ancêtres.

Le château de la Bijourie (Cour-Cheverny)

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Situé à l’angle de la RD 765 et de la voie du Tertre, ce toponyme n’a, a priori, rien a voir avec les bijoux, mais semble avoir trois acceptions possibles. Pour Denis Jeanson (1) « Bijou » pourrait être le nom du premier propriétaire des lieux (vient du latin Bigolius, nom de personne).
Mais ce n’est peut-être pas aussi simple : ce lieudit se nommait La Bigourie au XVIIIe s., sur la Carte de Cassini (la Bijourie est apparue sur la cadastre Napoléon de 1813). Le premier propriétaire pourrait donc avoir été un nommé « Bigou » (nom de personne d’origine française).
Il existe une troisième hypothèse : La Bigourie serait, d’après Jean Louis Beaucarnot (2), un lieu habité par des gens originaires de la Bigorre (département actuel des Hautes-Pyrénées).
À vous de choisir parmi ces trois possibilités...

(1) Denis Jeanson : dictionnaire toponymie Région Centre.
(2) Jean Louis Beaucarnot : Les noms de famille et leurs secrets.
Étiquette de bouteille représentant le château de La Bijourie. Dessin réalisé en 1953 et signé Balthasar, pseudonyme de Hans Haug (Voir La Grenouille n° 5 et 6).

Le Héron - La Grenouille n°28 - Juillet 2015